La guerre civile au Soudan : un premier pas a été fait pour régler le conflit avec le sud, mais à l’ouest, au Darfour, les massacres continuent !
Dimanche 9 janvier 2005, un accord de paix historique a été signé entre le gouvernement du Parti du congrès national (NLC), au pouvoir à Khartoum, et la rébellion sudiste de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). Une solution politique a été trouvé après 21 ans de guerre – la plus longue actuellement en cours sur le continent africain – plus de 2 millions de morts et des années d’intenses négociations et de pressions internationales.
Principaux points de l’accord avec le sud :
- une période d’autonomie pour le sud de 6 ans, et un référendum sur l’indépendance à l’issue de cette période,
- le partage du pouvoir,
- le partage des ressources pétrolifères.
Pour tenter de comprendre l’origine du conflit, il est indispensable de faire un retour en arrière de quelques siècles.
Au VIème siècle, le nord du Soudan actuel, la Nubie, est partagé en 3 royaumes chrétiens. L’invasion arabe commence dès le VIIème siècle, et aboutit 9 siècles plus tard à la chute de ces 3 royaumes. Le nord s’arabise et s’islamise, bâtissant son pouvoir sur le commerce florissant de la traite d’esclaves, venant du sud.
En 1820, l’Egypte envahit le Soudan qui en devient une colonie, puis un condominium anglo-égyptien. L’occupant anglais n’arrête en rien la traite d’esclaves, mais s’appuie au contraire sur les élites du nord.
Vient ensuite l’indépendance en 1956. Dans le processus d’indépendance, le sud – majoritairement africain, animiste ou chrétien – qui souhaitait une confédération de 2 états, fut très peu représenté et comprit vite que le gouvernement du nord – arabophone et musulman – imposerait une unification du pays « radicale ».
La première guerre civile, déclenchée par le sud qui refuse cette domination, éclate 6 mois avant l’indépendance. Elle durera 17 ans et fera plus de 800 000 morts.
En mai 1969, un coup d’Etat porte au pouvoir le colonel Nemeiri. Il amènera la paix entre le nord et le sud grâce aux accords d’Addis Abeba en 1972, qui accordent une autonomie régionale au sud et garantissent dans la Constitution une liberté culturelle et religieuse.
Suite à la découverte de pétrole dans le sud du pays en 1979, le nord veut modifier les frontières entre les deux régions afin d’inclure les puits de pétrole dans son territoire. Le gouvernement central casse les accords d’Addis Abeba.
En avril 1983, le sud, qui avait alors une autonomie régionale avec gouvernement et parlement, reprend les hostilités menées par le colonel John Garang, chef de la SPLA. C’est le début de la 2ème guerre civile. La charia, la loi islamique, est imposée par le nord à tout le pays, même si il n’y a dans le sud que 10% de musulmans.
La situation n’avait cessé de se détériorer depuis, jusqu’aux accords du 9 janvier dernier.
Et il ne s’agit que d’une paix partielle, car ces accords n’associent pas la région du Darfour, à l’ouest du Soudan, où survivent 3 millions d’habitants. La population y est arabe et africaine, à grande majorité musulmane. Traditionnellement, les africains ont les terres, et les arabes, le bétail. Face aux situations de famine, les conflits se sont intensifiés entre les groupes. Depuis début 2003, les milices arabes pro-gouvernementales opèrent un nettoyage ethnique sur les africains, un conflit donc non pas religieux, mais racial.
Les massacres continuent aujourd’hui, aux yeux de tous.
Voilà, pour ceux qui veulent dire leur indignation, et signez une pétition d’Amnesty International à destination du Président de la République Française.
www.amnesty.asso.fr
Anne France