Interview de Perrick Salomé : L’évolution de l’engagement sociétal des entreprises françaises

Baromètre entrepreneuriat social

Le Baromètre 2014 de l’entrepreneuriat social, publié le 7 avril dernier, analyse le Baromètre de la Fondation Agir Contre l’Exclusion de novembre 2013 sur l’engagement social et sociétal des entreprises.  Ce rapport se base sur les réponses d’un total de 519 entreprises (PME, ETI et grands groupes) représentatives des domaines d’activité en France.

Le Baromètre souligne le maintien par 2/3 des entreprises de leur engagement social et sociétal depuis 2010, malgré la persistance de la crise. Au-delà, une entreprise sur six renforce même sa démarche RSE.  On constate  donc une forte progression de ce domaine qui est aujourd’hui considéré par les dirigeants d’entreprise comme le troisième élément clé de la performance globale de l'entreprise derrière l'intégration de l'entreprise dans son environnement local et son image externe.

Nous avons recueilli sur ce sujet les impressions de Perrick Salomé, gérant de ResponsActe, cabinet d’étude et organisme de formation qui intervient sur l’aide à l’ingénierie d’insertion notamment sur le volet sociétal de la RSE. Perrick possède un master 2 APAS (Action Publique Action Sociale) spécialisé sur l'étude des politiques de l'emploi et a travaillé au sein de plusieurs collectivités territoriales.

L’étude souligne l’amélioration des pratiques internes (RSE, diversité, etc.) comme le domaine qui mobilise le plus d’entreprises (86% des réponses) et qui a le plus progressé (10 points par rapport à 2010). Perrick, quelle est à ton avis la raison de cette évolution?

Graphique Baromèetre entrepreneuriat social

 

"Cela ne me surprend pas. Il existe un réel engouement sur ces questions des grandes entreprises, mais aussi depuis peu des PME. En plus de contribuer à développer le "mieux vivre ensemble" au sein de l'entreprise, l'engagement sociétal permet aujourd'hui à celle-ci de répondre à des enjeux essentiels pour son développement tels que capter de nouveaux marchés, augmenter considérablement ses ventes  (grâce à l’influence de l’image d’entreprise responsable sur le choix du consommateur) et réfléchir à la stratégie et à la direction menée par le groupe.

Cette montée en puissance va se prolonger avec la volonté de l'UE de développer une démarche RSE européenne. La directive adoptée récemment par le Parlement européen oblige les entreprises de plus de 500 salariés et cotées en bourse à rédiger un reporting extra financier qui va renforcer le rôle des  parties prenantes et leur apporter plus de visibilité. Ainsi, elle devrait pousser les entreprises à aller plus loin dans leurs actions de RSE. 

Dans l'analyse chiffrée, il serait intéressant d'identifier quels sont les piliers les plus développés. A priori, le pilier social est celui où les avancées sont les plus fortes devant le pilier environnemental et sociétal.

On peut aussi tourner les résultats de cette question d'une autre manière : 13% des entreprises interrogées ne sont pas encore engagées sur cette thématique. A nous de continuer notre travail de sensibilisation pour faire en sorte que ce chiffre continue de diminuer!"

On constate aussi une progression du développement local et concrètement du soutien à ses acteurs. Qu’en penses-tu?

Graphique Baromèetre entrepreneuriat social

 

"Dans le domaine du développement durable, le volet environnemental a toujours été fortement mis en avant. Cependant, on constate depuis quelques années l’émergence des thématiques du volet sociétal, domaine en cours de professionnalisation et qui acquiert de plus en plus de légitimité.  Parmi les thématiques développées dans le cadre du volet de la responsabilité sociétale, apparaît le champ du développement local, qui comme on a pu le voir, tend à se développer de plus en plus.

C’est ainsi que les entreprises ont commencé à prendre en considération leur ancrage sur  les territoires locaux, dans leur quête de se positionner dans de nouveaux marchés et de répondre aux besoins des élus locaux. En effet, les élus locaux participent au choix des entreprises titulaires dans les marchés publics et peuvent exercer des pressions sur celles-ci afin de mettre en place des actions locales. Les entreprises tiennent aussi de plus en plus à la mise en place d’actions de qualité dans ce domaine et au développement de relations durables avec leurs partenaires.

Or, les entreprises ont bien souvent intérêt à s’organiser différemment pour améliorer l’efficacité de certaines actions: elles ne tiennent pas compte de l’ingénierie déjà existante au niveau local et ont tendance à reproduire en interne ce qui est déjà mis en place sur le territoire.

Afin d’éviter cela, les entreprises peuvent favoriser le travail « en mode projet » pour leurs collaborateurs, modèle qui est en train de se développer dans les grands groupes. Selon cette nouvelle manière de travailler, un collaborateur est chargé d’une thématique clé, du début à la fin du projet, et agit en tant que lien entre les compétences des collaborateurs du groupe qu’il mobilise et les parties prenantes extérieures et locales, dans une logique de collaboration. En même temps, ce mode de fonctionnement permet de traiter les sujets de manière transversale et d'avoir suffisamment d'autonomie pour expérimenter à partir d'initiatives locales.

Une deuxième stratégie des entreprises au niveau local est la création par les grands groupes d’agences ou pôles territorialisés. Cette décentralisation de l’entreprise a plusieurs avantages. Tout d’abord, ces structures décentralisées gagnent en autonomie, ce qui facilite la prise de décisions. En même temps, l’échelle de travail acquiert une nouvelle dimension adaptée, plus restreinte, qui favorise une meilleure connaissance des acteurs locaux et facilite le tissage de liens, de par le contact direct entre les acteurs. En parallèle, les collaborateurs de l’entreprise ont par ce biais plus de visibilité sur les acteurs économiques locaux et plus de moyens pour définir un projet de territoire adapté.

Malgré ces progrès, il existe encore de nombreuses perspectives d’amélioration sur cet axe. En effet, les entreprises ne sont pas toujours structurées de manière à avoir une approche adaptée aux enjeux locaux."

Merci à Perrick pour ces précisions !

 Pour en savoir plus : http://www.kpmg.com/fr/fr/issuesandinsights/articlespublications/pages/barometre-2014-entrepreneuriat-social.aspx

Pour contacter Perrick: responsacte@hotmail.fr

                       

 



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