DOSSIER - Conférence inaugurale de la SocialGoodWeek : Comment les nouvelles technologies changent le monde ?

La soirée inaugurale de la Social Good Week, initiée par la plateforme de dons Mailforgood, a eu lieu ce 25 septembre 2012 à l'Université Paris Diderot. De prestigieux intervenants se sont réunis autour d'un thème de réflexion qui donne le ton pour la semaine à venir: "Comment les nouvelles technologies changent le monde ? "

 Au cœur des réflexions sociétales sur la solidarité, le numérique dit "solidaire" sera donc au cœur des débats tout au long de la Social Good Week. Et cette première soirée d'introduction a réussi à nous convaincre en posant de façon claire et précise les termes du sujet: quelles sont les technologies actuelles ? Comment le numérique peut-il se mettre au service des actions sociales et solidaires ? En somme: qu'est-ce que le "Numérique Solidaire" ?

 

Commençons par citer Claude Bébéar, président d'honneur d'AXA et fondateur de l'IMS - Entreprendre pour la Cité, qui, pour clore la soirée, a commencé son talk en faisant une remarque à contre-courant: "l'expression Numérique Solidaire ne veut rien dire. Cela n'existe pas. Il y a d'un côté le numérique, qui est un outil, un moyen de communication, et de l'autre la solidarité, qui est une attitude." Le numérique est donc un moyen neutre au service d'une fin militante: changer le monde.

"Devenez le changement que vous voulez voir dans le monde". En ouverture de la soirée, Ismaël Le Mouel a très justement cité cette célèbre phrase de Gandhi pour nous inviter à croire en notre pouvoir de changer le monde. Car, aujourd'hui, la puissance du numérique permet à tout un chacun de devenir acteur de changement. Comment ? 

En mobilisant les internautes d'abord, comme le fait Benjamin des Gachons, directeur des campagnes France de Change.org. Selon lui, l'intérêt du web est de donner une grande force de frappe à des causes sociales, politiques et humanitaires qui n'auraient peut-être jamais vu le jour au temps des pétitions papier. Car le web mobilise massivement, rapidement et globalement. En dépit de la critique du "clictivisme" qui dénonce l'engagement trop passif de certains internautes-canapés pour lesquels il suffit de "cliquer" pour défendre une cause, Benjamin nous parle d'une nouvelle forme d'engagement, moteur de changement social.

En faisant participer les internautes, ensuite, notamment via l'open source qu'est venu nous présenter Florence Dévouard, ancienne présidente de la Wikimédia Foundation. L'open source, selon Florence Dévouard, s'appuie sur le "dogme" du logiciel libre qui défend l'accès à l'information et au savoir pour le plus grand nombre, pour des raisons humanistes évidentes qui remontent au Siècle des Lumières. Wikipédia, référence en matière d'open source, est donc le digne successeur de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert en ce sens qu'il met à disposition de tous un savoir d'une qualité reconnue, car régulée par l'ensemble des contributeurs. Mais son œuvre ne s'arrête pas là, car le web permet aux internautes de participer à des actions qui partagent plus que du savoir. On pourrait citer à titre d'exemple  "Wiki Loves Monuments", le plus grand concours photographique organisé autour des monuments historiques classés et auquel tout le monde peut participer. Le projet One Laptop Per Child, enfin, se revendique également du courant "open source" afin de promouvoir le savoir parmi les populations pauvres.

En finançant des actions sociales et humanitaires, enfin. Pierre-Guillaume Wielezynski, responsable digital du Programme Alimentaire Mondial (PAM), nous a présenté les avantages de la levée de fonds en ligne. D'abord en utilisant des modèles commerciaux déjà existants (la fameuse "bannière publicitaire") comme l'a fait Free Rice, site de jeux en lignes à vocation humanitaire pour le PAM et qui a permis de nourrir cinq millions de personnes depuis 2007. Par une démarche proactive ensuite, en allant chercher l'internaute partout sur la toile, surtout dans son environnement familier, ainsi que l'a fait le PAM via FarmVille, un jeu online sur Facebook, ou  tel que le fera prochainement le concept "d'arrondi solidaire récompensé" qui sera développé via une API sur des sites de e-commerce. Ces démarches proactives semblent être relativement efficaces dans la mesure où, la plupart du temps, elles satisfont toutes les parties prenantes: l'association au profit de laquelle l'internaute fait un don, mais également l'internaute, récompensé de sa générosité (sous forme de "cookies survitaminés" sur FarmVille, ou de remise de prix sur les sites de e-commerce). 

 

Président du Comptoir de l'Innovation, vice-président du Groupe SOS, et co-auteur du livre L'entreprise du XXIème siècle sera sociale (ou ne sera pas) aux éditions Rue de l'Echiquier, Nicolas Hazard a sans doute été l'un des intervenants les plus marquants de la deuxième partie de la soirée consacrée à l'évolution du numérique. Son discours, plutôt optimiste quant à l'avenir de la solidarité via le numérique, était cependant nuancé quant à l'emploi systématique de l'expression "numérique solidaire".  Contrairement à Stéphane Roussel, PDG de SFR également présent à la conférence, pour qui le numérique est une révolution de la solidarité, et un mouvement bien enclenché que l'on ne peut plus arrêter, Nicolas Hazard ne pense pas que le numérique soit l'avenir de la solidarité. Selon lui,  il en est juste une composante. Nicolas Hazard va même jusqu'à dénoncer une réalité trop peu abordée au cours de cette soirée (peut-être le seul regret que l'on ait): « avant tout, le numérique exclut ». Numérique et solidarité ne sont donc pas d’emblée liées. D'où l'importance, selon lui, d'associer à des projets numériques une vraie dimension sociale qui permette de réintégrer à la société des populations que le progrès technologique, sous toutes ses formes, a exclues. Frédéric Théret, directeur de la communication d'Action contre la Faim et autre intervenant de qualité, a de son côté mis en garde contre le risque suivant : le numérique, par son aspect "ludique" et déconnecté, occulte l'importance et les enjeux réels de la solidarité. Car faire un don en jouant délaisse parfois la réalité du terrain : « chaque jour, des milliers d’enfants dans le monde meurent de faim».

 

En clôture les mots de Claude Bébéar, faisant écho à tout ce qui avait été dit, ont sonné juste: "Le digital n'est qu'un multiplicateur de générosité; la vraie question est de savoir si, au fond, on est généreux ou pas. Car zéro, même multiplié par l'infini, ça fait toujours zéro…"

Amélie Vogel



Share |

Toutes les actualités